(Crédit photo : Archives)

AGRICULTURE. Si l’aide de 252 M$ accordée par le gouvernement fédéral au milieu agricole de tout le Canada est saluée, selon plusieurs représentants du milieu elle est «nettement insuffisante». Sollio Groupe Coopératif (anciennement la Coop Fédérée) joint sa voix à plusieurs autres porte-parole du milieu, dont celles de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec et de la Fédération canadienne de l’agriculture (FAC) et demande qu’elle soit plus flexible et mieux adaptée à la réalité du secteur.

Concrètement, la somme de 50 M$ allouée aux producteurs de porc, sur la base de l’impact qui était évalué à 20$ par animal, ne couvre que 2,5 millions des 27 millions de porcs produits à l’échelle nationale. En clair, estime le groupe coopératif, l’aide gouvernementale ne représente qu’environ cinq semaines de production. Dans un contexte où la crise perdurera, l’aide ne répondra pas à tous les besoins.

Les 77 M$ dédiés à la transformation alimentaire ne compensent pas la perte de productivité et la capacité à commercialiser les produits et ne permettront que d’installer des mesures de protection. De plus, Sollio explique que ce montant d’argent sera affecté à toutes les productions tant au niveau primaire, que secondaire, que pour les transformateurs de viandes, les transformateurs majeurs de différents produits de la chaîne alimentaire et les petits producteurs locaux. Donc, les fonds seront rapidement épuisés.

«Les secteurs de la production agricole et de la transformation alimentaire constituent des services essentiels et, tout en continuant de remplir leurs missions, ils vivent des impacts significatifs dus à la présente crise. Les aides annoncées sont les bienvenues, mais ne peuvent répondre à l’ensemble des besoins. Aujourd’hui, les programmes d’aide doivent donc être mieux adaptés et surtout flexibles pour tenir compte de la réalité changeante qu’est celle de coexister avec la COVID-19», a déclaré le président de Solli Groupe Coopératif, Ghislain Gervais.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a annoncé, le 5 mai, un apport financier de 252 M$ destinée au secteur agricole. L’argent vise à soutenir les mesures de sécurité mises en place par les transformateurs, aider les producteurs, réduire le gaspillage des produits laitiers et racheter les surplus alimentaires pour les donner aux banques alimentaires.

Durement touchés

La FCA a rappelé qu’elle avait tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises depuis le début de la crise liée à la COVID-19. Elle estime que les sommes accordées ne seront pas suffisantes pour éviter les effets négatifs sur le système d’approvisionnement alimentaire canadien dans les prochains mois.

«Les agriculteurs ont été durement touchés de toutes parts par l’augmentation des coûts d’exploitation, la capacité réduite des usines de transformation et la fermeture de certaines d’entre elles. Les importantes pénuries de main-d’œuvre et la baisse importante de la demande dans l’industrie des services d’alimentation sont autant de facteurs qui ont une incidence sur la viabilité des producteurs et des transformateurs d’aliments», a indiqué la FCA, par voie de communiqué.

De plus, la FCA craint que la position du gouvernement, qui insiste sur l’utilisation des programmes existants de gestion des risques d’entreprise comme Agri-stabilité avant de fournir des fonds supplémentaires, fasse en sorte que le soutien arrivera trop tard pour réellement avoir un effet positif.

Ces programmes présentaient déjà des lacunes et des inégalités dans la couverture des différents secteurs des produits de base, ajoute l’organisation. Cette approche garantit que les secteurs qui tombent entre les mailles du filet seront durement touchés et que certains ne s’en remettront jamais, a dénoncé la FCA.

En entrevue à Radio-Canada, le président de l’UPA, Marcel Groleau, a, pour sa part, noté que l’aide accordée par Ottawa était bien en deçà de ce qui était espéré et surtout des besoins réels de l’industrie.

Il a aussi rappelé que l’industrie doit composer avec plusieurs problèmes, dont la surproduction provoquée par l’arrêt quasi complet des activités dans le secteur de la restauration.

Marcel Groleau a également souligné que les programmes de gestion de risque en agriculture, qui existent depuis plusieurs années, ne permettront pas au secteur de traverser la crise actuelle.

 

 

 

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