Pauline Harrisson en compagnie d’une jeune pensionnaire de l’orphelinat qu’elle visite régulièrement. Crédit photo : Courtoisie

SOCIÉTÉ. Consciente que la pénurie de main-d’œuvre qui touche actuellement le Québec affecte également les entreprises de la région, l’Apollinairoise Pauline Harrisson souhaite mettre l'épaule à la roue. Elle veut faire venir au Québec 10 jeunes Haïtiens à titre de travailleurs temporaires ou saisonniers. Malgré toute sa bonne volonté, elle se bute à la lourdeur bureaucratique. Elle lance un cri du cœur afin qu’on l’aide à ouvrir les portes à ces jeunes.

«Ils sont déjà identifiés, ils ont leur passeport depuis septembre 2018 et ils sont prêts», a-t-elle affirmé d’entrée de jeu.

Si tout avait été comme elle le souhaitait, ils seraient ici. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est pourquoi il est si difficile de faire venir des jeunes motivés à travailler, alors que les entreprises cherchent intensément du personnel. En juillet, le taux de chômage en Chaudière-Appalaches se situait à 2,3 %

«Le problème, c’est la lourdeur de la paperasse. Ce dont j'ai besoin, c'est d’une entreprise qui me dira: "Nous on va t’aider en les engageant, mais en contrepartie envoie-nous les meilleurs parce que ça coûte cher".»

Pauline Harrisson explique que ces frais peuvent s’élever à au moins 10 000$ pour un seul travailleur. L’expérience, si elle échoue, n’est donc pas profitable à une petite entreprise.

«Je discutais avec Judith [Riopel, du Carrefour jeunesse emploi] qui me confirmait que c’est déjà arrivé que des employés, qui avaient été recrutés à l’étranger, retournent dans leur pays. Une fois ici, ils n’arrivaient pas à s’adapter parce qu’ils n’avaient pas été préparés.»

La préparation c’est, selon elle, la clé de la réussite et c’est ce qu’elle fait. Elle travaille en amont afin de valider les qualifications et de trouver «les meilleurs», ceux qui seront capables de soutenir le rythme dans les entreprises québécoises. Depuis son premier voyage à Haïti, elle y est retournée plusieurs fois pour rencontrer ces jeunes, les évaluer et elle ne s’est pas contentée de discuter avec eux.

«Souvent, je fais des simulations. Par exemple, je les convoque à 9h le lendemain matin pour faire différents travaux et nettoyer la cour [de l’orphelinat]. Ceux qui arrivent à 9h15, je leur donne congé puisque chez nous ça ne fonctionne pas de cette façon, mais ça, personne ne leur a dit.» Ces exercices lui permettent ainsi de voir qui, parmi eux, sont ponctuels, proactifs, créatifs et ont un potentiel de meneur.

Son implication ne s’arrêtera pas une fois que les jeunes seront ici. Pauline Harrisson indique qu’elle souhaite les héberger et leur fournir le suivi nécessaire afin qu’ils débutent dans de bonnes conditions et puissent, par exemple, entrer à l'heure au travail tous les jours.

Coup de foudre

Cette histoire d’amour avec ces jeunes Haïtiens a commencé l’année dernière, en juin, lorsqu’elle s’était rendue une première fois dans un orphelinat de Croix-des-Bouquets comme travailleuse humanitaire.

Là, elle a fait la rencontre d'enfants, mais a aussi été étonnée d’y voir des adolescents, presque de jeunes adultes, qui devront bientôt quitter la sécurité de ce refuge avec pratiquement rien devant eux.

«Je me suis demandé ce que je pourrais faire pour faire la différence dans la vie de ces grands-là.»

Par la suite, elle y est allée plusieurs fois pour les rencontrer et cibler ceux qui pourraient travailler au Québec. «Ce qu’ils veulent, c’est de travailler pour, ensuite, retourner dans leur pays soutenir leur famille comme le font les Mexicains.»

Enfant, Pauline Harrisson a été adoptée. Aujourd’hui, elle souhaite partager la chance qu’elle a eue avec ces jeunes pour qui elle a eu un coup de cœur.

«Quand je suis arrivée là, ça m’a complètement déchirée. J’ai eu de la chance, j’ai eu des enfants et des petits-enfants. [...] Si je suis arrivée là, ce n’est pas pour rien», a-t-elle affirmé.

 

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